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Le corps écrivant.

Face à une page cloutée, solide, épaisse. Des mots, des phrases, un langage devenu matériel; qui prend de l’épaisseur. Devient cheveux, le verbe qui coule le long de mon crâne. Quand le verbe est généré pas mon cerveau pour devenir physique.

Devant une page aussi lourde que mes mots. Sur moi, des verbes. Je ne pense plus. J’écris. Que faisons nous quand nous ne pensons plus l’acte d’écrire ? Nous écrivons ?

L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.
Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce serait pas la peine. Duras.

Quand les mots, sur mon crâne sont devenus phrases sur la planche. Quand mes pensées sont rasées; les mots repoussent. Ils reviennent sans cesse.

Je tisse mes phrases. Dirige mes mots entre le cadriage clouté. Ils sont là, je leurs donne forme. Tisserant du tapis verbal. Je les oublie avant même, souvent, de les avoirs pensés. Qu’est-ce que ce texte de cheveux ? Je ne sais plus. Fugacité du moment de l’écriture. Après l‘acte, il n’y a plus que des traces. Tout est dans les lignes, je ne les portes plus rien.

Dans le texte, pas de ponctuation. Les cheveux ne peuvent pas faire de ponctuation. La seule respiration est la fin du fil, une respiration entre deux apnées.

Quant à l’Œil, celui qui est derrière moi quand j’écris. Celui que je feint d’ignorer. Il est toujours là. J’essaie de ne pas écrire pour lui mais il est là. Et il sera la condition pour l’existence des mots. L’Œil les fait vivre.
L’Œil oublie qu’ au début les mots étaient corps. Sait-il seulement que le verbe écrire Existe par le mot corps ? Mais le mot ne transmet pas toujours la réminiscence du corps qui l’a porté. Et l’Œil ne voit que le mot.